Archives d’Auteur: yoscha

Oui, Seigneur des Ténèbres!, Jeu drôle

Editeur : Sage (Edge Entertainment)

Auteurs : R. Crosa, F. Bonifacio, M. Enrico et C. Ferlito

4-16 joueurs (plus on est de fous, plus on rit)

Ambiance: Improvisation

Je prends le clavier pour –encore une fois- défendre le JdR. A travers un petit jeu de société qui me semble être une passerelle idéale vers l’antédiluvien dé-papier-crayon. « RPG is not dead » et de-ci de-là, on trouve encore les communautés et des auteurs courageux qui le maintiennent en réanimation.

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Rolemaster

Que dire de plus sur ce monstre sacré (ou honni) du jeu de rôle ?

Aux iconoclastes, aux pourfendeurs du roll-playing (qui s’oppose au role-playing) je leur répondrais qu’il n’est absolument pas nécessaire de maîtriser les 3000 pages (si,si) de règles (non-traduites évidemment) pour pouvoir jouer à Rolemaster. Dieu merci.

Déterminer le sens du vent par un jet de dés au moment d’uriner pour savoir si l’on tâche ses chaussures reste crédible. Je peux en effet calculer avec une extrême précision les dégâts d’un cactus qui chute sur une araignée et fabriquer un objet alchimique implique bien des racines carrées dans la résolution du jet de dé. Mais à quoi bon ?

Comme les créateurs de Rolemaster le précisent d’entrée de jeu, ils ont mis au point un système de règles sans univers attitré et fait en sorte de pouvoir répondre à tous les cas possibles. Libre à chaque maître du jeu de « faire son marché » et de choisir les règles qui l’intéressent. Si les créateurs de Rolemaster étaient clairement des obsessionnels, personne n’est contraint de l’être.

Il est vrai que depuis 3 décennies, les systèmes de règles ont beaucoup évolués et en mieux. Il semblerait par contre dans le domaine des jeux vidéo RPG que le temps se soit arrêté, les ressemblances avec AD&D et Rolemaster sont impressionnantes.

Je reviens sur le véritable avantage de Rolemaster : pas de background orienté et un système de règles tellement vaste que l’on va pouvoir réellement façonner son univers. Ce que n’offre pas AD&D, quand bien même j’adore le médiéval-fantasique, la nuance est parfois bénéfique (je pense à Agone, là).

Mon intérêt pour Rolemaster provient directement de ma déception pour JRTM (Jeu de Rôle des Terres de Milieu) c’est-à-dire l’univers de Tolkien formaté à la sauce AD&D. J’ai pu grâce à Rolemaster mettre au point un système de magie qui collait, je crois, beaucoup plus à l’œuvre de Tolkien et faire des Elfes qui ressemblent à des Elfes, et non à un hybride improbable entre le lutin et le surhomme.

J’invite donc au respect de cette vielle machine compliqué, de ce géant de papier qui permet beaucoup si l’on s’en donne la peine (sois dit en passant, je déteste le roll-playing).

Présentation du Jeu de Rôle, sous la forme d’une plaidoirie

Votre honneur, si je prends la parole aujourd’hui, c’est pour défendre le loisir qui fut, sans conteste dans l’Histoire Ludique, le plus sujet aux lacis et à la diffamation. Ma tâche rejoint donc celle de Charybde, tant les ennemis du JDR, du haut de leur montagne d’a priori, semblent avoir d’accusations ordurières à jeter.

Mais je m’emporte votre honneur, commençons d’abord par énoncer les faits : qu’est-ce le JDR ? Un mélange de jeu de société, qui se rapprocherait de certains jeux de hasard, et de théâtre d’improvisation, puisque soumis au hasard. Jusque-là un apéritif entre amis autour d’une partie de Yam’s semble avoir autant de potentiel de nuisance que le JDR.

Mais c’est évidemment plus que cela, puisque l’éventail des conversations sociales lors d’un apéritif entre amis n’atteindra, oh grand jamais !, celui d’un Jeu de Rôle. Car il s’agit bien de converser sur ce qui ne constitue pas sa vie quotidienne, d’imaginer, d’inventer, de s’évader vers d’autres mondes. Le JDR serait-il une fuite du monde réel, une drogue ? Le quidam regardant une série télévisée ou un film ne fait pas autres choses que ce qui vient d’être dit, le mélomane rêvant sous l’emprise d’un solo de Coltrane de même, pourtant il ne viendrait à l’idée de personne de les qualifier de drogués, quoique certains intégristes…

S’inventer un monde, rêver une autre vie le temps d’une soirée, non par dépit, mais parce que c’est drôle (ne dit-on pas Jeu d’Rôle ?), comme l’univers d’Alice aux Pays des Merveilles est drôle, comme l’univers de Tim Burton peut l’être. Cette liberté d’imagination est un don qu’il faut chérir, en avoir peur témoigne à mon humble avis plus d’un problème que du bon sens.

Le multivers du Jeu de Rôle est aussi riche que la littérature, dont il découle le plus souvent. Certains sont triviaux, d’autres raffinés, certains sont humoristiques, d’autres sombres et inquiétants et il est possible que certains de ces univers soient malsains, comme dans la littérature. Mais qui songerait à accuser la littérature des maux dont on accuse le JDR ? La réponse est là : les puritains du XIXe siècle, qui accusaient en effet toute littérature imaginative (en-dehors du Livre Saint) de corrompre l’esprit.

Malheureusement pour eux la littérature n’est plus censurée et la tolérance est consensuelle, il leur fallait donc trouver un nouvel ennemi à leur portée (l’excellent ouvrage « Outsider » de Becker fait le point sur cet étrange phénomène). Pendant la première moitié des années 90, la presse grand public a largement relayé leur point de vue amenant à une véritable chasse aux sorcières.

Depuis, le calme est revenu et le (tout) petit milieu des rôlistes peut à nouveau s’amuser en paix. L’imagination nécessaire au Jeu de Rôle peut bloquer certaines personnes, mais les amoureux des livres, les fantaisistes en tout genre, les artistes de tout poil y trouveront leur compte, sans mesure.

Au risque de verser dans l’hérésie : béni sois-tu Asmodée ! (ayez un peu le sens de l’humour votre Honneur…)

Je remercie la cour.

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