Aquaria, immersion en eaux troubles

Jeu d’exploration/Shoot’em up/Énigme/Ambiance/Action. (éditeur: Bitblot)

Un jeu d’auteurs-développeurs-musiciens indépendants – deux personnes qui ont travaillé sur le jeu dans son intégralité ! – dont j’avais laissé dormir la démo sur mon bureau depuis fort longtemps.  À tort, comme j’ai pu le découvrir lors d’une après-midi d’été typiquement bretonne (c’est-à-dire aquatique).

aquaria, immersion en eaux troubles

Plongez dans un univers fascinant, artistique et toujours varié. Ici, les statues témoignent d’une ancienne civilisation engloutie…

Comme son nom l’évoque si bien, Aquaria est un jeu d’immersion…dans l’eau. Jeu d’explo en 2D, Aquaria jouit pourtant d’un graphisme très coloré, très beau, parfois merveilleux. Dans un monde féérico-diabolique resplendissant, au milieu d’une faune et d’une flore enchantées, votre sirène nommée Naija évolue et explore un vaste univers sous-marin en toute grâce et légèreté. Élément rare dans un jeu vidéo, la musique offre une place prépondérante dans le gameplay, tout autant les ambiances sont variées et excellentes (du lagon enchanteur aux abysses asphyxiantes), l’héroïne elle-même est musicienne. Chaque note est associée à une couleur particulière. Les mélodies psalmodiées par la douce protagoniste lui confèrent un pouvoir incroyable sur la nature et les éléments qui l’entourent : elle peut faire éclore les boutons de fleurs ou enchanter les poissons pour en extraire des ingrédients nécessaires à sa survie. Les huiles ou chairs ainsi récoltées permettront à notre demoiselle à écailles de concocter des potions alchimiques : regains de santé, de fatigue, surcroît de force…etc… Si vous parvenez à la mener loin, au-dessus des profondeurs labyrinthiques, vous parviendrez à lui faire découvrir le monde terrestre : une bouffée d’air frais qui contraste avec l’oppression des profondeurs, mais des parois difficiles à grimper lorsque l’on se déplace avec de simples nageoires.

les visages qui hantent l’univers aquatique de Naija sont issus d’une nature bien vivante

Aquaria est donc un jeu somptueux. Mais le chant divin laisse parfois place au maléfique, et notre sirène frêle et naïve doit redoubler de prudence : sa psyché est instable, un Mister Hyde se tapit au fond des fosses, prêt à l’ensevelir… En quête de ses origines, elle découvrira les dessous obscurs de son écosystème à l’apparence de quiétude. Des flashs rétrospectifs lui rappelleront un passé plus funeste, plus violent, plus gothique…Propulsée inopinément dans des paysages tentaculaires et inquiétants, dignes d’un univers cyclopéen de Lovecraft ou défiant des monstres innommables, notre sirène appellera les forces magiques à son secours et elle a tout intérêt à les maîtriser. Elle découvrira des villes englouties, autrefois peuplées d’humains et des fantômes du passé qui viendront tourmenter son exploration. Parfois, notre sirène devra tuer ses propres congénères pour s’en sortir, pour se nourrir : mais c’est la terrible chaîne alimentaire qui s’instaure inéluctablement, que voulez-vous ! Pour un simple shoot’em up, les combats peuvent s’avérer fort originaux voire subtils : reproduire des sons de mémoire pour lancer un sort, faire preuve de dextérité ou de rapidité, distraire l’ennemi par un subterfuge, trouver l’ultime faille qui le fera choir…Naija ne s’ennuie jamais : entre les pieuvres cracheuses d’encre, les poissons lanterne agressifs, les bancs inoffensifs pour sa nourriture ou encore de terribles nids qui propulsent des bébés poulpes, toute la faune l’attend de nageoire ferme. Les boss sont souvent très originaux, tant au niveau du design que de leur angle d’attaque souvent variés. Leur pouvoir de nuisance est proportionnel à leur beauté esthétique (de la divinité hindoue aux mille bras au monstre tentaculaire doté d’yeux révolvers globuleux). La pieuvre professeur de musique irritable et grotesque reste parmi les boss mémorables : un prof aigri et tatillon, s’offusquant à la moindre fausse note. Pour le vaincre, il faudra faire un sans-faute musical ! (les développeurs l’ont-ils un jour vécu ?)

Aquaria est doté de son propre système de langage : des glyphes illisibles ornent les parois des mondes qu’elle explore et annoncent la présence d’autres forces indéterminées. Ces lettres, très esthétiques, possèdent un signifiant qui leur est propre. Vous pourrez passer votre temps à les déchiffrer, si toutefois vous ne devez pas fuir une chose aquatique qui vous considère comme un met de choix et qui n’attend qu’une seule chose : vous pulvériser et vous déguster.

Côté magie, la sirène gagne des pouvoirs en fonction de sa progression et ses pouvoirs se complexifient: du simple tir au feu, elle pourra ensuite se métamorphoser en poisson afin de se faufiler dans les passages sinueux jusque-là inexplorables, devenir un être de lumière pour éclairer son passage ou une bête qui engloutit ses proies et absorbe ses pouvoirs…Déclenchant ses capacités spéciales grâce au chant, Naija devient polymorphe et chaque pouvoir ainsi gagné renouvelle l’intérêt du jeu, ouvrant la voie à de nouvelles explorations riches en découvertes…

Les animaux sont parfois salvateurs et elle rencontrera des familiers fort utiles qui protégeront ses arrières, à condition de gagner leurs faveurs au combat. Les hippocampes, ces équidés de la mer, font office de voyageurs rapides mais ils sont difficiles à mener, tant leur vitesse est vertigineuse. Le « fast travel » existe aussi : des tortues géantes découvertes au fur et à mesure permettent de se déplacer en un clin d’œil d’un point de la carte à un autre.

Une interface de gestion intuitive et agréable

En outre, le gameplay (jouabilité) est facile et intuitif: le déplacement de Naija est fluide (une souris d’ordinateur ou un clavier, au choix du joueur), les chemins tortueux et variés nécessitant parfois d’être débloqués: une porte, un ennemi ou l’obscurité pourra entraver votre périple bulleux. L’interface de gestion est agréable et simple: y figurent les sorts et les chants associés, les ingrédients récoltés et les recettes découvertes…La carte du monde, dévoilée au fur et à mesure de l’avancée, peut être balisée de marqueurs permettant un repérage optimal dans cet immense univers sous-marin, plein de passages secrets et de tunnels étroits. Seuls les chants finissent par devenir pénibles à utiliser avec le clavier une fois l’émerveillement passé, surtout dans l’urgence. Mais les développeurs ont prévu le coup grâce à des raccourcis claviers permettant d’enclencher les sorts en une seule touche ! Petit clin d’œil au voice-over: la voix de la narratrice qui conte l’histoire est une réussite, il ne faut pas l’oublier.

Pour conclure,  Aquaria est un petit bijou du jeu indépendant qui mérite un détour, voire qu’on s’y noie, un subtil mélange entre Ecco the Dolphin (Megadrive), Parodius (sur PS2) et la Planète Bleue (docu). Ne vous méprenez pas messieurs, sous ses apparences de jeu de fillette, ce jeu recèle de nombreuses surprises qui plairont aussi à la gente masculine, pour peu qu’elle sorte de ses préjugés. A mon humble avis, Aquaria n’a rien à envier aux gros poissons de l’industrie vidéo-ludique.

Pour le moment, le jeu n’existe qu’en anglais. Il ne reste donc plus qu’à traduire le jeu en français…et mon petit doigt me dit que cela pourrait arriver plus tôt que prévu…

Un lien du speedrun (record du monde actuellement) d’Aquaria par Vayarda sur twitch : Vidéo

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Publié le 17/05/2012, dans JEUX VIDEO, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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